Un édito de Jacques Petitpierre écrit en janvier 2005 pour le supplément de la Tribune de Genève "Tribune Rives-Lac". Un article l'argement inspiré par Frank.
L'Homme Universel
Bien des motifs m’ont poussé à glisser mon crédit de lignes dans la réflexion de ce premier numéro de l’année et je suis sûr que notre lectorat de Meinier me le pardonnera !
Nouvelle année, nouvelle formule, nouvelles résolutions peut-être ! Vous l’aurez remarqué, notre journal s’est aligné sur sa grande sœur Julie et nous voici à l’aube d’une nouvelle ère. Un bon motif pour vous parler des travailleurs de l’ombre qui chaque mois mettent en page notre prose ! Ainsi c’est autour d’une joyeuse tablée de collaborateurs que nous avons fêté le départ de Nicole et l’arrivée de Dorothea, l’une travaillait du ciseau pour caser textes et photos dans les pages de Rives-Lac, l’autre se penche dès ce mois de janvier sur son écran informatique pour apprivoiser les nouveaux outils de mise en page, sous l’œil vigilant de notre rédactrice de charme! Qu’elles soient ici remerciées pour leur engagement et leur bonne humeur bravant les aléas de nos plumes qui sont souvent trop bavardes !
Trop bavardes peut-être mais toujours pour de bons prétextes car, n’avez-vous pas remarqué que notre petite publication s’efforce de relater des événements positifs, dressant des portraits, faisant la chronique du vivant ? Me voilà donc arrivé au deuxième motif de ma réflexion, pour dire combien il est important que le positivisme de notre journal existe, car si les graves événements survenus en Asie du Sud nous ont frappés à ce point, ne faut-il pas se poser la question du pourquoi ? Certes les médias y sont pour beaucoup, relayant images et témoignages chocs à l’envi, mais ne serait-ce pas aussi parce que pour beaucoup d’entre nous l’annonce brutale de cette catastrophe, nous ramenait à l’évocation de proches ou d’amis partis chercher le soleil et les plages de rêves.
Si jusque-là, l’image du pays à visiter se construisait en feuilletant les pages sur papier glacé des catalogues, tout à coup apparaissait en surimpression dans notre imaginaire béat l’image des autochtones frappés dans leur modeste vie quotidienne! Prenions-nous vraiment conscience avant cela que le serveur du restaurant, la femme de chambre ou encore le petit vendeur de fruits sur la plage avaient certainement une autre existence, un autre rôle autrement plus valorisant pour la vie de leur pays ?
Si il faut tirer des enseignements de cette catastrophe un de ceux là consistera à ne plus utiliser cette détestable expression qui consiste à dire au retour d’un voyage « j’ai fait les îles Caraïbes, j’ai fait l’Afrique »… soyons honnêtes, dans la plupart des cas, nous n’avons rien fait, nous nous sommes payés….
Sans vouloir pratiquer l’autoflagellation, convenons qu’il existe d’autres façons d’appréhender le voyage, tenez…, Frank Musy, grand reporter à la radio romande, qui a quitté notre belle planète en juillet dernier, a laissé à ce propos des empreintes indélébiles dans nos esprits. J’ai eu en 1967 l’occasion de mesurer les qualités humaines voire humanistes de Musy dans un contexte qui pourtant ne s’y prêtait guère, puisque nous devions passer trois mois ensemble sous l’uniforme! Frank débutait à la radio et rêvait déjà de grands voyages, il nous faisait part de ses rêves de découverte du monde et surtout des autres. Pourquoi donc, quelques décennies plus tard, apprenant sa disparition une immense tristesse devait m’envahir ? Après ce 26 décembre, je crois avoir trouvé la réponse en réalisant que Frank était juste dans sa façon de voir le monde il avait su garder sa ligne en ne cessant de bourlinguer, s’attachant à faire partager ses impressions, ses révoltes, ses heureuses rencontres. Il a su former de jeunes journalistes à avoir un regard « Terre à Terre » considérant les pays traversés comme le support de ceux qui l’habitent et qui en font sa beauté. Mais pour Frank pas forcément besoin de grands voyages pour cela, il savait aussi s’intéresser aux personnages qu’il découvrait au coin d’un chemin vaudois. Musy, un Homme universel, en quelque sorte un peu de nous tous qui s’en allait !
Merci Frank !
Date de création : 22/03/2005 à 15:03
Dernière modification : 18/02/2010 à 22:05
Catégorie : Amis
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